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Jean-Claude Coutausse, Objectif monde !

Jean-Claude Coutausse« Quand on voyage beaucoup, il faut savoir d’où l’on vient, alors j’ai observé le monde en fonction de ce que j’étais. »

Jean-Claude Coutausse n’a jamais perdu de vue son village natal, Monpazier (24), d’où il avait voulu partir très jeune pour mieux y revenir la maturité aidant et assuré d’avoir trouvé sa voie. Pas évident de choisir le métier de photoreporter quand on est issu d’une famille de charbonniers. « Je suis parti en courant ! » s’en amuse-t-il aujourd’hui. Aucun mépris pour le métier des siens, juste la certitude qu’il n’était pas fait pour cela. « J’avais 14 ans au moment du choc pétrolier et on nous mettait une grosse pression au collège pour choisir un métier, en nous poussant gentiment vers l’artisanat ou à entrer à la SNCF ! Je me suis accordé le droit de rêver quand j’ai découvert qu’au L.E.P d’Orthez (64) on pouvait préparer un CAP de photographe. »

Le parcours a été semé d’embuches et de doutes. « Quel avenir m’attendait ? Travailler chez un professionnel et faire des photos de mariages et de communions ? J’avais un métier mais pas de travail qui me tente, alors j’ai attendu le service militaire en jouant au rugby au Stade Monpaziérois ! J’ai heureusement été affecté au service cinématographique des armées d’Ivry-sur-Seine. »

C’est en uniforme qu’il a couvert son premier conflit, l’intervention militaire israélienne au Liban en 1982. Ensuite, il s’est débrouillé tout seul pour devenir reporter de guerre. Il va en Afghanistan pour Newsweek, ses photos sont publiées dans National Géographic, il passe par l’Agence France Presse, rejoint le journal Libération, devient indépendant et continue de couvrir tous les conflits et misères qui ne manquent pas sur notre planète. Le Prix Niépce salue son travail en 1993, d’autres prix internationaux majeurs couronneront ses reportages, notamment celui sur le Sacré et l’Imaginaire en Haïti.

« Mes parents n’étaient pas désintéressés par ce que je faisais, je dirais plutôt, qu’ils étaient dépassés ! Je pouvais aller en Libye, en Somalie, à Sarajevo puis me retrouver au café de Monpazier à discuter rugby avec les copains. C’était reposant de parler d’autre chose que de ce que je venais de voir. »

Au lieu de rétrécir le monde, l’objectif le lui a élargi. « Je ne l’ai jamais regardé par le petit bout de la lorgnette, avoir un appareil entre les mains m’a toujours semblé être un moyen d’expression aussi fort que la parole, surtout pour moi qui ai grandi dans un environnement de taiseux ! » Tous les siens sont désormais au cimetière, mais il a tenu à garder la maison familiale aux volets bleus sur la place des Cornières. La halle en châtaignier avec ses boisseaux comme les rues charretières et les carreyrous surmontés de pontet sont imprimés à jamais dans sa rétine. « Enfant, on n’avait pas le droit de jouer au foot sur la place car il ne fallait pas abimer les façades ! »

« Un jour, j’ai eu une commande avec carte blanche pour photographier la bastide, ça m’a amené à me réconcilier avec cette magnifique pierre blonde, à avoir un autre regard sur mon village. Je me suis pris au jeu des ombres et des lumières sur les bâtiments selon les saisons. J’ai photographié des gens toute ma vie, ici, je découvre d’autres évidences. »

Attaché à son indépendance, Jean-Claude Coutausse garde une collaboration régulière au journal Le Monde pour qui il suit tous les déplacements des Présidents de la République. Il s’abstrait de la meute des journalistes pour trouver un angle qui rend ses photos uniques. Comme une œuvre d’art. L’art est d’ailleurs une affaire de famille puisque son épouse Stéphanie de Brabander dirige les expositions hors les murs du Musée d’Orsay et que sa fille Sarah est directrice de production. Son époux David est lui aussi dans le cinéma. Sous le charme de la Nouvelle-Aquitaine, le jeune couple a quitté Paris pour vivre à La Rochelle avec leurs fils Joseph et Léon.

C’est avec émotion que Jean-Claude évoque Monpazier et ses environs.

  

Monpazier en Dordogne par Jean-Clause Coutausse

En les reliant souvent à des souvenirs d’enfance. Il n’a pas oublié la saveur du veau aux cèpes que Rosa, sa grand-mère italienne, faisait mijoter pendant des heures, celle du lièvre aux pruneaux préparé par sa mère Josette, les odeurs de terre moisie qui annoncent l’arrivée des cèpes et les petites routes ourlées de vignes et de vergers de ce plateau plus ou moins vallonné qu’il parcourait à bicyclette. « Mes vacances se passaient ici, parfois on m’envoyait à Bayonne chez mon oncle et ma tante, mais pourquoi aller ailleurs quand les blondes Hollandaises et les jolies Parisiennes débarquaient l’été ! »

L’épicurien gourmand redevient artiste pour évoquer la bastide fondée au XIIIe siècle par Edouard 1er d’Angleterre, les potiers, souffleurs de verre, doreurs ou horlogers qui font la fierté de l’artisanat local et « le plan en damier dans son rectangle parfait » dans lequel s’inscrivent les huit îlots d’habitations.

Ridley Scott y a planté le décor de ses films, Duellistes et Le dernier duel, avant lui, André Hunebelle y avait tourné Le Capitan, Jean-Claude Coutausse ne se lasse pas de revenir à ses racines. « Je ne me sens pas d’ailleurs ! » répète-t-il en riant.

Monpazier, par Jean-Claude Ducausse 

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Recueilli par Régine Magné