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Agen, au fil des souvenirs

ll a 18 ans lorsqu’il quitte Agen pour entrer au Conservatoire national supérieur d’art dramatique à Paris. « Je crois que ma passion pour le théâtre est née à l’âge de 5 ans avec la première marionnette que m’avait offerte ma mère ! ». Guignol l’avait ouvert à tout un monde où l’imaginaire était roi. Il pouvait inventer des histoires, les jouer et les mettre en scène. Un demi-siècle plus tard, Michel Fau est resté fidèle à ses rêves d’enfant. Et il s’est imposé comme l’un des comédiens et metteurs en scène les plus importants de sa génération en France et à l’étranger.
 
« J’ai été un enfant très mélancolique. Comme je ne jouais pas au rugby, j’allais me balader seul à bicyclette et je fréquentais surtout des adultes avec qui je faisais du théâtre amateur. Cela m’a apporté la culture et l’équilibre auxquelles j’aspirais... » Son père, Jacques Fau, aujourd’hui décédé, avait un magasin de pièces détachées automobiles, La Maison Lalaurie, et il consacrait en fait tout son temps à collectionner des voitures anciennes. Sa mère Jacqueline qui vit toujours à Agen élevait les quatre enfants dans l’amour de l’opéra et de l’art sous toutes ses formes. Le frère aîné, Jean-Marie, est retraité des Télécom, Bernard est décorateur de théâtre à Champigny, sa sœur Pascale, maquilleuse de cinéma, est basée à Périgueux.
 
Une fratrie très unie à laquelle Michel avait su ajouter de rares mais très solides amitiés nouées lors de sa scolarité au collège Dangla ou au lycée Bernard Palissy. « Béatrice Uria-Monzon et moi sommes liés depuis nos douze ans » se réjouit-il. Il y a aussi la dentiste Marie-Claude Grandaty qui vit maintenant à Preyssas où la cantatrice et lui avaient tenu à inaugurer la salle de concert. Sans oublier le Conservatoire d’Agen où il avait fait ses premiers pas avec Carlo Parenti. Elève de la classe de Michel Bouquet à Paris, Michel Fau est vite remarqué par Olivier Py qui dirigea le Théâtre national de l’Odéon puis le Festival d’Avignon. Son look de dandy à la Oscar Wilde souligne sa singularité, mais il impose son talent. Acteur fétiche d’Olivier Py, il joue aussi sous la direction de Jérôme Deschamps, Jean-Michel Ribes et d’autres encore avant de voir ses propres mises en scènes saluées par la critique et le public. Il aime travailler en famille, avec son frère Bernard qui signe les décors de ses pièces et sa sœur Pascale qui crée les maquillages.
 
Le pont Canal d'Agen © Office de Tourisme Destination Agen

Le succès l’éloigne d’Agen. Il doit démêler le fil des souvenirs pour revoir sa maison rue Clair Matin. « J’étais un solitaire, je m’enfermais dans ma chambre pour lire Dostoïevski, Cocteau et Montherlant ! » Il écoute aussi de l’opéra, son autre passion née au Théâtre municipal d’Agen où sa mère l’avait emmené voir Les pêcheurs de perles de Bizet. Théâtre classique ou contemporain, cinéma ou télévision, opéra, opérette, Michel Fau est un artiste complet qui chante, joue et dirige. Avec justesse et délicatesse. Sa mise en scène de Dardanus de Rameau, lui a valu le Grand Prix du meilleur spectacle lyrique du Syndicat de la critique.


Revenons aux sources lot-et-garonnaises. L’esthète a l’œil qui pétille lorsqu’il évoque les rallyes gastronomiques organisés par son père président du Club des automobiles anciennes de l’Agenais. « Le foie gras, les cèpes, les salmis de palombes... on trouvait ça presque banal. Aujourd’hui encore, je ne résiste pas à l’appel d’un bon pot au feu et d’une salade de pissenlit ! »

Il reviendra en tournée à Agen pour y jouer Georges Dandin de Molière. Pour l’heure, coronavirus oblige, il est confiné et se désole d’avoir dû interrompre au Théâtre de la Madeleine les représentations de la pièce Trahisons de Harold Pinter qu’il jouait avec Roschdy Zem. Ce printemps voit donc le retour forcé à l’isolement qui avait marqué son enfance. Dans son appartement du IXe arrondissement à Paris, Michel Fau se console en écoutant Mithridate de Mozart.
 
« C’est tous les jours dimanche. Je traine, je mange, je bois, je rêve ! ». Et il laisse enfin revenir les images heureuses de l’écolier qui participait à la Fête de fleurs sur l’Esplanade du Gravier en bord de Garonne. « Nous étions tous habillés en blanc avec une capucine brodée sur le t-shirt. C’était trop joyeux de jeter tous ces pétales de roses ! »
 
Propos recueillis par Régine Magné - Artistes, écrivains, chefs cuisiniers... Ces personnalités sont nées en Nouvelle-Aquitaine ou ont choisi d'y vivre. Retrouvez chaque mois un #CoeurNouvelleAquitaine dans notre newsletter.
 

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Théatre et musée d'Agen © Office de Tourisme Destination Agen